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Ebooks by authors: A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 
Thiers, Adolphe / Histoire de la Révolution française, Tome 1
J'oublierai
volontiers tous les desagremens que j'ai essuyes, si je puis assurer la
paix et la felicite de la nation."




NOTE 24.


Bouille avait un ami intime dans le comte de Gouvernet; et, quoique leur
opinion ne fut pas a beaucoup pres la meme, ils avaient beaucoup d'estime
l'un pour l'autre. Bouille, qui menage peu les constitutionnels, s'exprime
de la maniere la plus honorable a l'egard de M. Gouvernet, et semble lui
accorder toute confiance. Pour donner dans ses memoires une idee de ce qui
se passait dans l'assemblee a cette epoque, il cite la lettre suivante,
ecrite a lui-meme par le comte de Gouvernet, le 26 aout 1791:

"Je vous avais donne des esperances que je n'ai plus. Cette fatale
constitution, qui devait etre revisee, amelioree, ne le sera pas. Elle
restera ce qu'elle est, un code d'anarchie, une source de calamites; et
notre malheureuse etoile fait qu'au moment ou les democrates eux-memes
sentaient une partie de leurs torts, ce sont les aristocrates qui, en leur
refusant leur appui, s'opposent a la reparation. Pour vous eclairer, pour
me justifier vis-a-vis de vous, de vous avoir peut-etre donne un faux
espoir, il faut reprendre les choses de plus haut, et vous dire tout ce qui
s'est passe, puisque j'ai aujourd'hui une occasion sure pour vous ecrire.

"Le jour et le lendemain du depart du roi, les deux cotes de l'assemblee
resterent en observation sur leurs mouvemens respectifs. Le parti populaire
etait fort consterne; le parti royaliste fort inquiet. La moindre
indiscretion pouvait reveiller la fureur du peuple. Tous les membres du
cote droit se turent, et ceux du cote gauche laisserent a leurs chefs la
proposition des mesures qu'ils appelerent de _surete_, et qui ne furent
contredites par personne. Le second jour du depart, les jacobins devinrent
menacans, et les constitutionnels moderes. Ils etaient alors et ils sont
encore bien plus nombreux que les jacobins. Ils parlerent d'accommodement,
de deputation au roi. Deux d'entre eux proposerent a M. Malouet des
conferences qui devaient s'ouvrir le lendemain: mais on apprit
l'arrestation du roi, et il n'en fut plus question. Cependant leurs
opinions s'etant manifestees, ils se virent par la meme separes plus que
jamais des enrages. Le retour de Barnave, le respect qu'il avait temoigne
au roi et a la reine, tandis que le feroce Petion insultait a leurs
malheurs, la reconnaissance que leurs majestes marquerent a Barnave, ont
change en quelque sorte le coeur de ce jeune homme, jusqu'alors
impitoyable. C'est, comme vous savez, le plus capable et un des plus
influens de son parti. Il avait donc rallie a lui les quatre cinquiemes
du cote gauche, non seulement pour sauver le roi de la fureur des jacobins,
mais pour lui rendre une partie de son autorite et lui donner aussi les
moyens de se defendre a l'avenir, en se tenant dans la ligne
constitutionnelle. Quant a cette derniere partie du plan de Barnave, il n'y
avait dans le secret que Lameth et Duport: car la tourbe constitutionnelle
leur inspirait encore assez d'inquietude pour qu'ils ne fussent surs de la
majorite de l'assemblee qu'en comptant sur le cote droit: et ils croyaient
pouvoir y compter, lorsque, dans la revision de leur constitution, ils
donneraient plus de latitude a l'autorite royale.

"Tel etait l'etat des choses, lorsque je vous ai ecrit. Mais, tout
convaincu que je suis de la maladresse des aristocrates et de leurs
contre-sens continuels, je ne prevoyais pas encore jusqu'ou ils pouvaient
aller.

"Lorsqu'on apprit la nouvelle de l'arrestation du roi a Varennes, le cote
droit, dans les comites secrets, arreta de ne plus voter, de ne plus
prendre aucune part aux deliberations ni aux discussions de l'assemblee.
Malouet ne fut pas de cet avis. Il leur representa que tant que la session
durerait et qu'ils y assisteraient, ils avaient l'obligation de s'opposer
activement aux mesures attentatoires a l'ordre public et aux principes
fondamentaux de la monarchie. Toutes ses instances furent inutiles; ils
persisterent dans leur resolution, et redigerent secretement un acte de
protestation contre tout ce qui s'etait fait. Malouet protesta qu'il
continuerait a protester a la tribune, et a faire ostensiblement tous ses
efforts pour empecher le mal. Il m'a dit qu'il n'avait pu ramener a son
avis que trente-cinq a quarante membres du cote droit, et qu'il craignait
bien que cette fausse mesure des plus zeles royalistes n'eut les plus
funestes consequences.

"Les dispositions generales de l'assemblee etaient alors si favorables au
roi, que, pendant qu'on le conduisait a Paris, Thouret etant monte a la
tribune pour determiner la maniere dont le roi serait garde (j'etais a la
seance), le plus grand silence regnait dans la salle et dans les galeries.
Presque tous les deputes, meme du cote gauche, avaient l'air consterne en
entendant lire ce fatal decret; mais personne ne disait rien. Le president
allait le mettre aux voix; tout a coup Malouet se leva, et, d'un air de
dignite, s'ecria:--Qu'allez-vous faire, messieurs? Apres avoir arrete le
roi, on vous propose de le constituer prisonnier par un decret! Ou vous
conduit cette demarche? Y pensez-vous bien? Vous ordonneriez d'emprisonner
le roi!--_Non! Non_! s'ecrierent plusieurs membres du cote gauche en se
levant en tumulte: _nous n'entendons pas que le roi soit prisonnier_; et
le decret allait etre rejete a la presque unanimite, lorsque Thouret
s'empressa d'ajouter:

"L'opinant a mal saisi les termes et l'objet du decret. Nous n'avons pas
plus que lui le projet d'emprisonner le roi; c'est pour sa surete et celle
de la famille royale que nous proposons des mesures." Et ce ne fut que
d'apres cette explication que le decret passa, quoique l'emprisonnement
soit devenu tres reel, et se prolonge aujourd'hui sans pudeur.

"A la fin de juillet, les constitutionnels, qui soupconnaient la
protestation du cote droit, sans cependant en avoir la certitude,
poursuivaient mollement leur plan de revision. Ils redoutaient plus que
jamais les jacobins et les aristocrates. Malouet se rendit a leur comite de
revision. Il leur parla d'abord comme a des hommes a qui il n'y avait rien
a apprendre sur les dangers et les vices de leur constitution; mais il les
vit moins disposes a de grandes reformes. Ils craignaient de perdre leur
popularite. Target et Duport argumenterent contre lui pour defendre leur
ouvrage. Il rencontra le lendemain Chapellier et Barnave, qui refuserent
d'abord dedaigneusement de repondre a ses provocations, et se preterent
enfin au plan d'attaque dont il allait courir tous les risques. Il proposa
de discuter, dans la seance du 8, tous les points principaux de l'acte
constitutionnel, et d'en demontrer tous les vices. "Vous, messieurs, leur
dit-il, repondez-moi, accablez-moi d'abord de votre indignation; defendez
votre ouvrage avec avantage sur les articles les moins dangereux, meme sur
la pluralite des points auxquels s'adressera ma censure, et, quant a ceux
que j'aurai signales comme antimonarchiques, comme empechant l'acte du
gouvernement, dites alors que ni l'assemblee ni le comite n'avaient besoin
de mes observations a cet egard; que vous entendiez bien en proposer la
reforme, et sur-le-champ proposez-la. Croyez que c'est peut-etre notre
seule ressource pour maintenir la monarchie et revenir avec le temps a lui
donner tous les appuis qui lui sont necessaires." Cela fut ainsi convenu;
mais la protestation du cote droit ayant ete connue, et sa perseverance a
ne plus voter otant toute esperance aux constitutionnels de reussir dans
leur projet de revision, que les jacobins contrariaient de toutes leurs
forces, ils y renoncerent. Malouet, qui n'avait pas eu avec eux de
communications regulieres, n'en fit pas moins son attaque. Il rejeta
solennellement l'acte constitutionnel comme antimonarchique, et d'une
execution impraticable sur plusieurs points. Le developpement de ces motifs
commencait a faire une grande impression, lorsque Chapellier, qui
n'esperait plus rien de l'execution de la convention, la rompit et cria au
blaspheme, en interrompant l'orateur, et demandant qu'on le fit descendre
de la tribune; ce qui fut ordonne. Le lendemain il avoua qu'il avait eu
tort; mais il dit que lui et les siens avaient perdu toute esperance, du
moment ou il n'y avait aucun secours a attendre du cote droit.

"Il fallait bien vous faire cette longue histoire, pour que vous ne
perdissiez pas toute confiance en mes pronostics. Ils sont tristes
maintenant; le mal est extreme; et, pour le reparer, je ne vois ni au
dedans ni au-dehors qu'un seul remede, qui est la reunion de la force a la
raison."

(_Memoires de Bouille, page 282 et suiv._)




FIN DES NOTES DU TOME PREMIER.




TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME PREMIER.




CHAPITRE PREMIER.


Etat moral et politique de la France a la fin du dix-huitieme siecle.
--Avenement de Louis XVI.--Maurepas, Turgot et Necker ministres.--Calonne.
Assemblee des notables.--De Brienne ministre.--Opposition du parlement,
son exil et son rappel.--Le duc d'Orleans exile.--Arrestation du conseiller
d'Espremenil--Necker est rappele et remplace de Brienne.-- Nouvelle
assemblee des notables.--Discussions relatives aux etats-generaux.
--Formation des clubs,--Causes de la revolution.--Premieres elections des
deputes aux etats-generaux.--Incendie de la maison Reveillon.--Le duc
d'Orleans; son caractere.


CHAPITRE II.


Convocation et ouverture des etats-generaux.--Discussion sur la
verification des pouvoirs et sur le vote par ordre et par tete.--L'ordre du
tiers-etat se declare assemblee nationale.--La salle des etats est fermee,
les deputes se rendent dans un autre local.--Serment du Jeu de Paume.
--Seance royale du 23 juin.--L'assemblee continue ses deliberations malgre
les ordres du roi.--Reunion definitive des trois ordres.--Premiers travaux
de l'assemblee.--Agitations populaires a Paris--Le peuple delivre des
gardes-francaises enfermes a l'Abbaye.--Complots de la cour; des troupes
s'approchent de Paris.--Renvoi de Necker.--Journees des 12, 13 et 14
juillet. Prise de la Bastille.--Le roi se rend a l'assemblee, et de la a
Paris.--Rappel de Necker.


CHAPITRE III.


Travaux de la municipalite de Paris.--Lafayette commandant de la garde
nationale; son caractere, et son role dans la revolution.--Massacre de
Foulon et Berthier.--Retour de Necker.--Situation et division des partis et
de leurs chefs.--Mirabeau; son caractere, ses projets et son genie.--Les
brigands.--Troubles dans les provinces et les campagnes.--Nuit du 4 aout.
--Abolition des droits feodaux et de tous les privileges.--Declaration des
droits de l'homme.--Discussions sur la constitution et sur le _veto_.
--Agitation a Paris. Rassemblement tumultueux au Palais-Royal.


CHAPITRE IV.


Intrigues de la cour.--Repas des gardes-du-corps et des officiers du
regiment de Flandre a Versailles.--Journees des 4, 5 et 6 octobre; scenes
tumultueuses et sanglantes. Attaque du chateau de Versailles par la
multitude.--Le roi vient demeurer a Paris--Etat des partis--Le duc
d'Orleans quitte la France.--Negociations de Mirabeau avec la cour.
--L'assemblee se transporte a Paris.--Loi sur les biens du clerge.
--Serment civique.--Traite de Mirabeau avec la cour.--Bouille.
--Affaire Favras.--Plans contre-revolutionnaires.--Clubs des Jacobins
et des Feuillans.


CHAPITRE V.


Etat politique et dispositions des puissances etrangeres en 1790.
--Discussion sur le droit de la paix et de la guerre.--Premiere institution
du papier-monnaie ou des assignats.--Organisation judiciaire.--Constitution
civile du clerge.--Abolition des titres de noblesse.--Anniversaire du 14
juillet. Fete de la premiere federation.--Revolte des troupes a Nancy.
--Retraite de Necker.--Projets de la cour et de Mirabeau.--Formation du
camp de Jales.--Serment civique impose aux ecclesiastiques.


CHAPITRE VI.


Progres de l'emigration--Le peuple souleve attaque le donjon de Vincennes.
Conspiration des _Chevaliers du poignard_.--Discussion sur la loi contre
les emigres.--Mort de Mirabeau.--Intrigues contre-revolutionnaires. Fuite
du roi et de sa famille; il est arrete a Varennes et ramene a Paris.
--Dispositions des puissances etrangeres; preparatifs des emigres
--Declaration de Pilnitz.--Proclamation de la loi martiale au
Champ-de-Mars.--Le roi accepte la constitution.--Cloture de l'assemblee
constituante.



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